
Les oeuvres de 12 à 16
Ibant Obscuri - Groupe A Coopérative culturelle
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Grégory Grincourt : Hellmet, in progress depuis 2015, technique mixte, dimensions variables.
Voilà une collection d’entités improbables et naturalisées, toutes plus customisées les unes que les autres, présentées comme l’on présente les massacres, d’ordinaires cerfs, sangliers, lions, tigres, comme autant de trophées ou d’ornements rappelant les heures de gloire d’une chasse à courre ou d’un safari rondement mené. Pour autant, ici les figures nous faisant face semblent indéniablement nous observer d’un autre temps, peut-être très ancien ou peut-être futuriste ? On pensera rapidement à la pop culture japonaise, entre autres les séries improbables présentant des héros post apocalyptique, comme San Ku Kaï, X-Or, Kyojuu Tokusou Juspion, Ultraman, Bioman, etc., mais aussi et évidemment à Godzilla ou autres Kaijū, forces de la nature devant laquelle l’homme est désarmé. On pensera aussi aux gangs de motards japonais sévissant dans les années 70, les Bōsōzoku qui modifiaient largement leurs motos et sévissaient surtout sur les routes, selon un code strict, pour éprouver la vitesse et se confronter au risque et à la mort. Malgré ces références, cette œuvre expose une poésie de l’assemblage et du collage, emprunt certes de cultures populaires, mais exposant des prosôpon (Masque et visage, lire à propos le livre de Françoise Frontisi-Ducroux, Du masque au visage, aspect de l’identité en Grèce ancienne) indéniablement divins dont on ne peut se saisir, ni y croire à proprement parler, seulement se laisser dominer par une sensation enfantine de vouloir en faire autant !
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Pascal Marquilly : Qu’ils crèvent les artistes, 2020, catalogues d’artistes découpés au format 10,5 cm x 21 cm, serre-joints.
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective du 28 septembre au 16 octobre 2020. Les matériaux ont été puisés localement au sein de l’atelier de la Halle C.
Le catalogue d’artiste est le Graal, faisant suite à une exposition et assurant une continuité, une série de traces du travail réalisé, d’autant que la plupart des œuvres finissent parfois pour les plus chanceux ou les plus pugnaces chez un collectionneur, dans un musée, mais très souvent dans les réserves d’une galerie et plus souvent encore dans un quelconque débarras attendant la fin des temps. Rares sont les artistes contemporains bénéficiant après leur mort d’une exposition régulière de leurs œuvres, et beaucoup d’entre elles finissent au rebus, ou conservées précieusement par quelques obscurs afficionados. Le sort des catalogues n’est pas étranger non plus à ce destin malencontreux. Le marché de l’art régule bien évidemment les postulants à la postérité de la même manière que la censure politique ou sociétale intervient encore bien trop souvent pour éteindre les voix de la pluralité que l’on peut rencontrer dans les formes d’arts, ou plus directement pour clore définitivement les débats. Il s’agit aussi plausiblement d’un regard posé sur l’effondrement à venir de la culture, en ce qu’elle disparaît lentement des sphères d’influence et particulièrement en ce moment de restrictions sanitaires. Le titre de l’œuvre est un clin d’œil à une pièce théâtrale du dramaturge et metteur en scène polonais Tadeuz Kantor, et selon les mots de l’auteur : «Dans cette sphère de la mort, il arrive que sur cette image de l’œuvre d’art de cette expression la plus noble de l’esprit humain, s’impose impitoyablement le cliché de la prison et de la torture.»
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Gaëlle Lucas:
30 novembre 2017, 2017, crayon de papier, crayon de couleur, papillons naturalisés (Citron, Gonepteryx / France, Colias / France, Le gazé / France), épingle et boîte entomologiques,
50 cm x 40 cm x 5,5 cm.
24 novembre 2017, 2017, crayon de papier, aquarelle, papillon naturalisé (le Flambé, Iphiclides podalirius / France), épingle et boîte entomologiques, 26 cm x 19 cm x 5,5 cm.
9 juin 2017, 2017, crayon de papier, cire, ailes de papillon, épingle et boîte entomologiques, 15 cm x 25 cm x 5,5 cm.
15 mai 2017, 2017, crayon de papier, acrylique, ajout de papillons naturalisés (Demi deuil, Satyrinae / France, Cymothoe coccinata, Sangris / Cameroun, Diaethria Chymena / Brésil, Urenia riphâeus / Madagascar), épingle et boîte entomologiques, 23 cm x 36 cm x 5,5 cm.
4 octobre 2016, 2016, crayon de papier, acrylique, encre à l’eau, papillons naturalisés (Cyrestis thyodamas / Inde, Danaus vulgaris / Malaisie, papillon citron / Europe), épingle et boîte entomologiques, 18 cm x 24,5 cm x 5,5 cm.
13 octobre 2016, 2016, crayon de papier, aquarelle, papillon naturalisé (Prestonia clarki / Amérique), épingle et boîte entomologiques, 12 cm x 16 cm x 5,5 cm.
17 novembre 2016, 2016, crayon de papier, acrylique, encre à l’eau, papillon naturalisé (Urenia riphâeus / Madagascar), épingle et boîte entomologiques 15 cm x 25 cm x 5,5 cm.
21 février 2015, 2015, crayon de papier, crayon de couleur, feutre, papillon naturalisé (Lycaenidae SPP / France), épingle et boîte entomologiques, 15 cm x 20 cm x 5,5 cm.
L’ensemble des pièces présentées est conçu comme un journal intime où l’artiste nous donne à lire ses propres introspections, ses voyages en son for intérieur, où la délicatesse de l’approche dessinée se confronte à des transformations du papier, gaufrage, grattage, marquage, et à l’extraordinaire élégance des papillons. L’artiste se place dans un dialogue de haute tenue poétique entre ses explorations personnelles et l’état de nature. De cette nature qui est conservée, mise en boîte, de la même manière parfois que les femmes sont réduites encore à un rôle de compagne, de mère porteuse et, plus loin, de femme au foyer. Avec une certaine bienveillance, l’artiste nous offre des portraits féministes, sans y paraître. Elle nous partage son statut de femme artiste, son statut de femme et sa personnalité entière. Elle parle probablement d’un silence qui est un séisme.
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Clémentine Carsberg : La visionneuse, 2020, visionneuse à diapositive, papier découpé doré, 9 cm x 15 cm.
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective à la Condition publique du 28 septembre au 16 octobre 2020.
Il s’agit d’un dessin découpé, faisant immédiatement référence à Les trop fait-maison, comme une ombre lumineuse qui nous montre les entrailles d’une forme, sa consistance et son seuil liminal de perception. Une contre forme jouant à contre-courant, remontant le fleuve, démontrant imperceptiblement que la beauté peut se loger hasardeusement au coin de l’œil.
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Chloé Schuiten : Treize Harpies, 2020, marc de café usagé, pulpe de fruit, eau de rinçage de pinceaux, planning, factures et autres documents administratifs broyés, farine souillée et crottes de souris, accompagnées d’une micro-édition, dimension variable.
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective à la Condition publique du 28 septembre au 16 octobre 2020. Les matériaux ont été puisés localement auprès de l’atelier de l’artiste à Bruxelles.
De nos déchets, naîtront les ressorts spirituels d’un avenir proche. Non pas ceux de croyances ordonnées et sectaires, comme elles le sont malheureusement fréquemment, ou les superstitions sur lesquelles bien des religions et organisations politiques, profitant des adeptes et de leur candeur vis-à-vis de la foi, se sont appuyées, mais bien celle d’une reconsidération de nos cycles de consommation mis en rapport immédiat avec notre état de nature. Au-delà donc des dogmes, du culte, cette série de Harpies nous questionne immédiatement sur les monstres que nous chérissons, et qui sont à bien des égards au cœur d’une cosmogonie terrifiante, qui malgré notre soumission à la technologie et au progrès, devrait nous alerter sur l’inconsistance de nos gestes quotidiens, manifestement séparés de la spiritualité, de l’inconnu, de l’aventure d’être en soi, de l’Autre. Comment explorer les mythes fondateurs de nos sociétés, de celles que nous ne connaissons pas, au-delà des rapports factuels à l’existence ? Il reste que nous regardons éhonté la fragilité d’un geste rudimentaire.
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Le propos de l'exposition
Le bruit et la fureur... Aux portes des villes et des villages se pressent et s’accumulent sans retenue aucune des hordes de véhicules tonitruants, arrivent par mer, par air, par terre, soustrayant [...]