
Les œuvres de 6 à 11
Ibant Obscuri - Groupe A Coopérative culturelle
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Clémentine Carsberg : Les projections, 2020, projecteur diapositives, papiers découpés, dimensions variables.
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective à la Condition publique du 28 septembre au 16 octobre 2020.
Ces projections traversant l’espace de part en part pour venir s’échouer sur l’une des cimaises, et ouvrant des fenêtres luminescentes, rappelleront pour certain un doux matin d’hiver et la lumière rasante balayant lentement les ombres dans la demeure familiale, ou pour d’autres un lent réveil, émergeant des brumes nocturnes, après un dîner arrosé auprès d’amis, dans un gîte quelque part en Normandie, ou autre part, en vacances en tous les cas. Elles peuvent aussi faire référence à l’essai de Jun’ichiro Tanizaki, Eloge de l’ombre, où l’auteur fustige, entre autres, l’irruption de l’électricité qui fige les ombres et les objets contrairement à la bougie ou autres flammes qui semblent faire danser l’espace. Ces projections de papiers découpés reprenant les formes des fenêtres de la Galerie Coucke, amènent une ambiance venue d’ailleurs, aux confins de notre conscience, et nous donnent à ressentir une intimité du lieu tout en proposant un dépaysement de nos souvenirs.
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Grégory Grincourt : Chicxulub 2, 2020, bois brulé, plantes artificielles, ampoules LED, 2,80m x 5,30m.
Assisté de Pascal Marquilly
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective à la Condition publique du 28 septembre au 16 octobre 2020. Les matériaux ont été puisés localement au sein de l’atelier de la Halle C.
Le cratère de Chicxulub, situé dans la péninsule du Yucatán au Mexique présente un diamètre d’environ 180 km. Provoqué par la chute d’un corps céleste libérant une énergie estimée à 5 milliards de fois la bombe atomique d’Hiroshima, il est le vestige d’une catastrophe naturelle survenue il y a environ 66 millions d’années. Cette dernière est considérée comme étant probablement l’événement majeur ayant provoqué une chute brutale de la biodiversité sur terre, et notamment la disparition rapide des dinosaures, marquant la fin du Crétacé. Ceux-ci connurent pour autant une évolution considérable durant près de 170 millions d’années et fascinent aujourd’hui plus que jamais les publics ; la reconstitution des squelettes de ces colosses dans les musées d’histoire naturelle étant une attraction majeure. Un squelette de Tyrannosaurus rex, nommé Stan, fut d’ailleurs vendu à un particulier, lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à New York le 6 octobre 2020, pour la modique somme de 31,8 millions de dollars. Qu’une personne puisse s’arroger, par un chèque aussi conséquent soit-il, une partie du patrimoine de l’histoire du vivant sur Terre posera autant de questions que les reproductions de dinosaures en plastique emplissant les coffres de nos bambins, comme autant d’appropriation d’un monde révolu, dont en fait on ne connaît pas grand-chose. Cette œuvre, présentant un squelette modélisé et brûlé, inspirée des maquettes 3D, suggère peut-être que nous devrions reconsidérer notre rapport aux rares connaissances portant sur le vivant que nous glanons ici et là, et dont on limite trop souvent la portée à leurs simples représentations, plutôt que d’en penser les interconnections nombreuses avec notre présence sur Terre.
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Clémentine Carsberg : Des fourches, 2020, bois divers, chiffons, visseries, colles, agrafes, sangles, cerclage plastique, pigments, huile de lin, dimensions variables.
Avec la participation de Rodolphe Collange, François Lewyllie, Pascal Marquilly.
Œuvre réalisée lors d’une résidence de création collective à la Condition publique du 28 septembre au 16 octobre 2020. Les matériaux ont été puisés localement au sein de l’atelier de la Halle C.
Ces fourches furent réalisées dans une sorte d’urgence, celle de fabriquer des outils en fonction des matériaux disponibles, pour parer au plus pressant, à priori ce qui nous préoccuperait le plus si nous étions confrontés à un écroulement brutal de nos sociétés : cultiver la terre et se défendre. Il s’agit bien évidemment ici d’un rapport allégorique à la fabrication artisanale, parfois maladroite mais toujours fonctionnelle, selon l’usage et l’usager. L’outil a évolué dans le temps, mais pour autant sa forme primitive guide encore aujourd’hui celle des fourches contemporaines. Le métal ayant remplacé les bois trouvés souvent comme tel, et dont la forme cornue remplissait alors soudainement une fonction nouvelle. La fourche fut de tout temps un outil à double tranchant, pour retourner les foins tout autant que pour conduire une révolte ou se défendre. Les fourches ainsi disposées sur un mur, prêt à l’emploi, nous indiquent que de nombreuses personnes sont passées par là, et qu’elles ne demandent qu’à servir à nouveau.
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Sandra Richard : Corps céleste, 2020, gaufrage sur papier, 12 pièces de 45,5 cm x 45,5 cm.
L’œuvre fait face aux dessins à la précision quasi-chirurgicale de Clément Vuillier, et propose en miroir un paysage céleste, élevant le regard vers les étoiles. Une cartographie parcellaire d’une constellation imaginée qui se serait déposée délicatement sur le papier, comme une empreinte venue de l’univers. On se souviendra de la sonde Voyager 1 qui évolue désormais au sein du milieu interstellaire, artefact humain le plus éloigné de la terre à ce jour, embarquant le Golden record, un enregistrement d’images, de sons et de textes proposant un portrait de la diversité de la vie et des cultures terrestres. Cette œuvre retourne la situation, comme si l’univers nous avait laissé une trace, un message peut-être, nous donnant à voir sa constitution astronomique, en quelques bulbes, évoquant l’infini au-delà de la perception humaine, tant physique qu’intellectuelle. Il est effectivement difficile de se représenter l’univers tant celui-ci, par son extension perpétuelle, échappe aux concepts qui régissent notre vie, ici-bas. Nous sommes devant l’inconnu, provoquant une sensation de vide dont on sent confusément qu’il est nécessaire de la laisser croître en nous, nous soustrayant peu à peu pour qui laisse s’y prendre, de nos propres errements.
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Baptiste César : Les vitrines minimales, 8 décembre 2018, tirage numérique sur papier, dimensions variables.
En préparation de la deuxième manifestation des Gilets jaunes sur les Champs Elysées, les magasins de luxe se barricadaient. On notera les ouvrages parfaitement réalisés ainsi que les enseignes laissées visibles, à la limite de l’insane, tentant une certaine résilience, malgré la révolte à venir. Dans ces images, le temps suspendu s’étirant interminablement avant la grogne est particulièrement palpable. D’autant que ces vitrines éteintes, soustraites aux ors et autres luxueuses tentations, s’adressent tout autant aux fameux 1% des plus riches détenant à eux seuls deux fois la richesse de 92% de la population mondiale, qu’aux manifestants qui, à n’en pas douter, rejettent cet état de fait, mais aussi pour beaucoup souhaite ardemment pouvoir consommer sans entrave. Pourtant, ces images nous suggèrent aussi, que dans un temps à venir, pourquoi pas, ces vitrines seront caduques, comme ce qu’elles représentent absolument : les profondes inégalités sociales qui plus que jamais doivent être au cœur d’une véritable et profonde transformation de nos sociétés.
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Jean-Marc Delannoy : La lessive (1 - Le lavage), 2020, machinerie, optique, cinéma 16mm, eau, lumière, bois, 2m x 2m x 2m.
Cette installation propose une expérience de cinéma étendue. Différents projecteurs 16mm projettent des images sur trois écrans qui trempent alternativement dans de l’eau, remontent, puis s’égouttent. Les images se superposent les unes aux autres, et nous montre différents états de l’exploitation de notre Terre. Ces images sont lavées, comme pour conjurer le sort que nous réservons à notre mère naturelle, à la vie. La machine produit des grincements, des cliquetis, des râles, qui étrangement lui donnent une enveloppe presque humaine, comme si elle peinait à nous rendre ces images. Il s’agit bien d’une expérience cinématographique, d’une histoire tant de l’image, piochée sur les serveurs du réseau mondial, que d’un regard porté sur le monde, qui tente probablement de nous alerter sur une marche forcée qu’il serait temps d’interroger fondamentalement. Il s’agit finalement d’une séance de cinéma, et de fait, d’une narration imagée.
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L'œuvre / diffusion sonore dans l'espace d'exposition
Rodolphe Collange Terre Rare (part II), 2020, pièce musicale multiphonique, 16 canaux, 40 min. Avec la collaboration de François Lewyllie, Pascal Marquilly, Sarah Recla, Anne-Gaëlle Ponche, [...]








Le propos de l'exposition
Le bruit et la fureur... Aux portes des villes et des villages se pressent et s’accumulent sans retenue aucune des hordes de véhicules tonitruants, arrivent par mer, par air, par terre, soustrayant [...]